Savia Ibera, huile essentielle de romarin et chémotype (3/3)

savia ibera romarin

Me voici donc arrivée au terme de ce récit concernant le travail de Savia Ibera ou Silvia et Kurt, ces infatigables alchimistes et amoureux de la Terre.

Dans ce dernier chapitre, je soulève plus de questions que je n’apporte de solutions ou de certitudes. Avec l’illustration de l’huile essentielle de romarin distillée par Savia Ibera, je profite de la brèche ouverte pour parler chémotype et son wagon de questionnements. En effet, j’ouvre un débat que je serais bien en peine de mener à bien!

Mais en toute honnêteté et pour avoir fait mes classes en aromathérapie depuis longtemps, je me rends toujours plus compte que la biochimie seule ne suffit pas à tout expliquer.

Huile essentielle de romarin (Rosmarinus officinalis)

Comme pour le thym, le romarin a différents chémotypes qui le définissent : il en existe 3 distincts selon qu’il pousse en Afrique du Nord, en Corse ou en Provence. Et leurs odeurs également sont différentes même si l’idée générale de l’odeur du romarin est prégnante. 

  • Cinéole (provenance Afrique du Nord) aura une action plutôt sur l’arbre respiratoire
  • Verbénone (provenance de Corse) agira sur la sphère hépatique 
  • Camphre (provenance Espagne et Provence) sera utilisé surtout pour les systèmes musculaire et articulaire
Romarin savia ibera – Photo @SaviaIbera

 Savia Ibera et son huile essentielle de romarin

Le romarin de Savia Ibera, qui est récolté à une altitude de 320m, nous met face à une difficulté soulevée par Silvia. Voici les explications. 

Après chromatographie, il a été chémotypé « romarin CT camphre », sa teneur en camphre étant de 15,36% (la norme pour romarin CT camphre étant comprise entre 12,5 – 22%). Rien d’anormal à cela, la terre espagnole est plutôt propice aux romarins camphrés. On pourra donc imaginer que ce romarin aura notamment des indications sur le système musculaire et articulaire (comme mentionné dans le paragraphe précédent). 

Cependant, la notion de chémotype devient gênante car son taux en cinéole est de … 15,36% également ! Néanmoins, la norme définie pour un romarin CT cinéole est comprise entre 16 – 23%. Il est clairement en dehors des clous d’un petit 0,24%… 

Mais, pouvons-nous pour autant écarter cette donnée fondamentale ? 

Le cinéole présent dans ce romarin aura aussi une action thérapeutique, ne croyez-vous pas ? 

Ou sous prétexte qu’il est chémotypé « camphre« , il faut écarter son potentiel d’action sur la sphère respiratoire ? 

Et si les 0,24% disparaissaient et que par miracle, le cinéole était de 16% plutôt que de 15,36%, quel chémotype aurait alors été privilégié : CT camphre ou CT cinéole ? 

C’est à en perdre son latin, non ?  

Huile essentielle romarin – Photo @SaviaIbera

Romarin et olfaction

J’ai eu le plaisir d’offrir des huiles essentielles de Savia Ibera, dont le romarin, à Michel Faucon lors d’un stage en Anjou. Michel aime découvrir de beaux produits issus de petites productions et qui ont des histoires à raconter. Voici son retour rapide par mail, un jour d’août dernier. Je vous en fais profiter car il a vu juste sans connaître l’histoire de ce romarin. Merci à mon ami Maria, de Essential Mery pour la photo.

« Le romarin officinal est bien à camphre, mais oui, infiltré de 1.8 cinéole (dimension florale discrète), ce qui lui donne un caractère très atypique. Paysage rocailleux sans doute, austère et chaleur écrasante ? ».

Michel Faucon

Michel Faucon et moi

Savia Ibera : des huiles essentielles hautement recommandables

J’espère que ces histoires d’huiles essentielles vous ont intéressés. Il me semblait opportun de rentrer dans le détail car cela témoigne parfaitement du travail mené par Silvia et Kurt. Et puis, on parle de leurs huiles essentielles, de leurs bébés, ils y mettent tout leur cœur et énergie. 

Silvia et Kurt ne ménagent pas leur peine pour produire et proposer des très jolies huiles essentielles. Ils font tout de A à Z, de la culture à la cueillette en passant par la distillation. Sans oublier la paperasse qui est toujours plus complexe et parfois vide de bon sens.

Je vous invite vivement à découvrir leur travail car ils participent à la revalorisation du patrimoine botanique ibérique, valorisent les produits de proximité issus du monde rural ainsi que l’agriculture durable et ont une forte conscience de responsabilité sociale et environnementale à chaque étape de leur travail.

J’aimerais terminer sur une notion évoquée à plusieurs reprises dans l’article : le chémotype. Je répète, ce blog n’a pas vocation scientifique, ni thérapeutique, néanmoins, je me permets de rebondir sur ce que les artisans me disent. Ils vivent de plein fouet ces concepts, sur le terrain et il me semble parfaitement légitime de faire connaître aussi leurs points de vue à ce sujet. 

Savia Ibera et la notion de chémotype

Selon Silvia, cette « obsession à tout prix du chémotype amène à l’adultération de beaucoup d’huiles essentielles ainsi qu’à la prolifération d’un marché industriel clonal des plantes aromatiques. Cela met en danger la biodiversité originaire du lieu puisque les agriculteurs sont contraints d’acheter des graines de certaines variétés végétales qui se retrouvent ainsi éloignées de leur zone écologique ».

Par ailleurs, si une huile essentielle ne rentre pas dans un tiroir administratif, cela ne lui enlève pas pour autant de grandes vertus thérapeutiques potentielles. 

Ces huiles ne sont pas moins bonnes ni moins thérapeutiques, la seule chose c’est qu’elles ne sont pas standardisées » note Silvia.

Peut-on tout mettre dans des cases ? Le végétal se range t’il à tout prix dans des tiroirs ? 

Une certaine flexibilité serait de rigueur et certaines normes devraient être revues. En effet, beaucoup de nouveaux petits producteurs ont essaimé partout dans le monde, cultivant des plantes pouvant être de la même espèce, mais qui développent une variabilité chimique inhérente au terrain dans lequel elles poussent… 

Vue sur le paradis vert de Savia Ibera

Dilemme : chémotype or not chémotype ?  

Nous sommes devant un dilemme : chémotype or not chémotype ? 

Il est aisé de comprendre les difficultés des petits distillateurs artisanaux devant ces casse-têtes administratifs. Et pourtant, précisément, ces profils chimiques permettent tout de même de donner des orientations d’utilisation au grand public. 

Quoi qu’il en soit je me permets de conclure avec ce que Silvia pense en tant que professionnelle impliquée dans son travail : 

« Nous ne sommes pas thérapeutes mais distillateurs. Légalement, nous ne pouvons donc pas conseiller le consommateur lorsqu’il souhaite acheter nos huiles.Je recommande que les gens se forment davantage à l’aromathérapie ». 

Et apprennent ainsi à lire une chromatographie, avoir une vision globale sur le profil chimique pour mieux comprendre sa nature et en permettre une meilleure utilisation.  

Réglementation européenne

Ces produits naturels artisanaux, qui dépendent de multiples facteurs non inhérents à l’Humain, sont néanmoins considérés comme « produits chimiques » (et donc potentiellement « dangereux ») au niveau réglementaire européen…. N’oublions pas l’émotion suscitée par l’annonce récente d’un projet de réglementation de la Commission européenne souhaitant revoir la classification de certains produits et pourrait par conséquent classer les huiles essentielles de lavande et de lavandin parmi les produits dangereux d’ici à 2025.

La lavande et le lavandin dangereux ???? Vraiment ???? Bureaucratie VS Naturel. Non sens VS notre essence profonde.

Le débat est ouvert, je n’ai pas la prétention d’avoir la réponse. Mais j’ai ma petite ou plutôt ma grande idée… Par les temps qui courent, se soigner avec des produits naturels n’a pas bonne presse….et ne rapporte rien à certaines personnes.

Silvia et Kurt – Savia Ibera

En attendant, n’oubliez pas que votre acte d’achat est aussi votre pouvoir. J’espère donc que cette histoire ibérique vous a donné envie de découvrir le travail de Silvia et Kurt. Soutenez leur travail, ils le méritent vraiment !

Connaissez-vous l’aromathérapie ? Aviez-vous déjà entendu parler de la notion de chémotype ? 

Vous aurez compris, dites-moi tout en commentaire ! 

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One Reply to “Savia Ibera, huile essentielle de romarin et chémotype (3/3)”

  1. Merci Johanne ! Avec le romarin de Silvia et Kurt tu pointes bien le problème que pose aujourd’hui la notion de chémotype, qui n’est pas toujours adaptée ni pertinente. De même que les normes qui enferment plus qu’autre chose. Une meilleure information du public est primordiale et c’est bien ce à quoi tu contribues !

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