Les huiles essentielles de Savia Ibera (partie 1)

Savia Ibera

Le Trek des essentielles m’a emmenée sur les chemins de Compostelle, dans les terres aragonaises à la rencontre de Silvia Jiménez et Kurt, les créateurs de Savia Ibera. Je vous ai déjà parlé de ce projet dans cet article

C’est à l’occasion de la distillation de la mélisse que je suis allée à leur rencontre accompagnée par ma chère amie Maria. Nous avons dû faire preuve de flexibilité et d’adaptation, la météo du mois de juin ayant été très chaotique. Orages et grêle s’alternaient compromettant le rythme habituel des récoltes. Finalement, c’est un départ du jour au lendemain qui nous a permis de profiter d’une accalmie météorologique et d’un beau soleil.

Les fondateurs de Savia Ibera : Silvia et Kurt

Silvia est une amoureuse du monde végétal depuis toujours, amour dont elle a hérité par ses grands-parents. Diplômée en biologie à l’université de Barcelone et spécialiste en phytothérapie aromatica-médicinale, Silvia a une grande expérience dans le domaine de l’éducation environnementale et dans la recherche. Elle a notamment participé à une étude scientifique portant sur deux plantes endémiques de l’île São Miguel, située dans les Açores. Sur place, elle y a aussi mené un travail de conservation et de réintroduction du priolo (un oiseau endémique) dans son habitat naturel, la forêt de laurisylve (forêt humide sub-tropicale). 

Kurt est un multi-culti. D’origine portugaise, il a toujours vécu à l’étranger. Il a étudié le droit au Canada. Mais découvrant sa passion pour la nature et le travail agricole, il a changé d’orientation et a décidé de se dédier à la terre. Il s’est donc formé en permaculture et a obtenu son titre via le Permaculture Research Institute en Australie. Il est aussi spécialiste en agriculture biologique (par l’association Infoagro) et en gestion de l’eau pour un usage agricole. 

Savia Ibera Silvia et Kurt
De gauche à droite: Maria, moi, Silvia et Kurt

Savia Ibera et les cultures

Sur un terrain désertique acheté il y a 8 ans en Aragon (Nord de l’Espagne) plus précisément à la Finca Peñambrera, Silvia et Kurt ont créé un paradis vert, vivant et végétal. Par la pratique de la permaculture, de l’agriculture régénérative et biologique, leur paradis mêle potager, plantes aromatiques en tout genre, cultures de mélisse, d’achillée millefeuille et j’en passe. Ils sont d’ailleurs sur le point d’obtenir la certification en agriculture biologique. 

Sur leur autre terrain, situé à Finca Suertes Viejas, poussent les plantes plus résistantes qui ont moins besoin de soin : hélichryse, lavandin, santoline, sauge. 

Silvia et Kurt cultivent pratiquement toutes leurs plantes « en secano », c’est-à-dire sans irrigation comptant sur la résilience des plantes et de la terre. Petite exception : la mélisse qui bénéficie d’une irrigation au compte-gouttes. 

Le thym et le romarin proviennent de cueillette sauvage mais durable réalisée avec amour et respect, à la main. Cette activité est transparente et officielle, Savia Ibera ayant tous les permis et contrats de cueillette nécessaires obtenus auprès des administrations locales. 

Distillation de l’huile essentielle de mélisse 

Plusieurs étapes sont nécessaires avant d’obtenir l’huile essentielle. Les voici. 

La cueillette de la mélisse à la serpe

A la serpe. C’est ainsi que nous avons récolté la mélisse. C’était une première pour moi. J’aime cette idée : maintenir les gestes ancestraux, l’art et la manière les plus authentiques et respectueux de récolter la plante. Les deux mains sont indispensables dans cette opération ainsi qu’une grande concentration. La serpe coupe excessivement bien… 

Seules les tiges vertes, celles de l’année, doivent être coupées. En aucun cas il faut tailler la partie lignifiée de la plante qui lui empêcherait une bonne reprise pour l’année suivante. J’avoue qu’avant de choper le coup, quelques racines sont parties …. 

Kurt nous a battues à plate couture : on voit le pro et l’habitué de l’exercice. Il a pratiquement tout coupé en un tour de main. Alors, en équipe nous n’avions plus qu’à ramasser les tas de mélisse qu’il déposait sur place. 

Il a néanmoins laissé deux rangées libres de vivre leur cycle végétal complet jusqu’à la floraison. Dans quel but ?  Afin de laisser les abeilles butiner, se régaler (il faut savoir partager, n’est-ce pas ?) et participer au grand miracle de la pollinisation et de la fécondation. Il ne restera plus qu’à récupérer les graines en fin de cycle végétal pour replanter l’année prochaine et donner vie à une nouvelle génération. 

La pesée de la mélisse : une étape indispensable

Petit signe de modernité sur ces terres aragonaises : le ramassage dans des sacs Ikea. Ils sont tellement résistants qu’ils se prêtent fort bien à cet exercice. Puis comme dit Silvia : « Nous sommes aussi dans une optique de réutilisation, de ne pas jeter ». 

Une fois qu’un sac est rempli de plantes, il faut impérativement le peser. En effet, ce passage est indispensable puisqu’il permet de calculer le poids total de la cueillette donc sa rentabilité en huile essentielle après distillation. 

La mélisse et les adventices

Une fois la pesée réalisée, la cueillette est étalée à l’ombre et une course contre la montre s’ensuit. Trier et retirer le maximum de plantes adventices avant que la chaleur devienne accablante et participe à la fermentation des plantes coupées (ce qui nuirait à la qualité finale). 

C’est un travail de fourmi qui se réalise néanmoins en mode bavardage. 

Une fois le tri réalisé (et là, je vous confirme que Silvia et Kurt auraient commencé leur journée de travail beaucoup plus tôt si nous n’avions pas apporté nos deux paires de bras à la rescousse), il est temps d’emporter la mélisse fraîche à la distillerie. 

En route pour la distillation de la mélisse

La distillerie

La distillerie est située dans un hangar dans une petite zone industrielle toute calme. Silvia et Kurt ont donné à leur hangar une touche très épurée, soignée et accueillante. Peinture blanche aux murs, fleurs et plantes séchées partout en déco, des vieux objets typiques de la région pour une jolie ambiance paysanne (mais leur idée future est d’installer la distillerie directement au champ ce qui n’a pas été possible jusqu’alors pour raisons administratives, exigences et normes…).

Trois espaces la composent : la distillerie à l’entrée où une cuve resplendissante en inox trône, un bureau nécessaire pour toute la paperasserie (et il y en a BEAUCOUP) et au fond, un espace minuscule mais douillet, la pièce des senteurs, la caverne d’Ali Baba. 

La distillation

Kurt est le maître d’œuvre à la distillation. Je ne détaillerai pas ici le processus de la distillation par vapeur d’eau, je vous renvoie au glossaire. En revanche, je tiens à préciser que la distillation est réalisée à une température maximale de 95 º et à basse pression ce qui est un gage de qualité et de respect de la plante. Une chromatographie de chaque huile essentielle est réalisée à chaque lot distillé. Quant aux hydrolats, des analyses microbiologiques sont faites pour éviter toute contamination (champignons, bactéries). Tous leurs hydrolats sont aptes pour un usage oral et interne. Savia Ibera commercialise donc des produits dits alimentaires inscrits au registre sanitaire espagnol. 

Observations sur la mélisse

La croissance de la mélisse en 2021 a été poussive, peu haute et peu prolifique. Les conditions climatiques ont été particulièrement difficiles. 

Et pourtant, finalement, le rendement 2021 en huile essentielle a été plutôt bon. Qui l’aurait cru ? 

3,5 fois moins de plantes récoltées mais un rendement quasi de 50% par rapport à l’année passée. Jugez donc par vous-même : 

2020278 kg récoltés94 litres d’hydrolat38 ml huile essentielle
202179 kg récoltés18 litres d’hydrolat17 ml huile essentielle
Comparatif du rendement de mélisse 2020-2021

Silvia m’a dit que cela était « probablement dû à notre présence, à Maria et moi, et notre énergie ». On peut se lancer des fleurs, non ?

Face à ces contraintes, la Nature nous rappelle constamment que c’est ELLE qui décide. Silvia et Kurt, en tant qu’agriculteurs sont donc confrontés aux caprices de la Terre et de ses cycles, il y a de bonnes années et d’autres un peu moins bonnes. Il est primordial que le consommateur comprenne bien cette cyclicité naturelle.

Voici pour cette nouvelle aventure. Mais elle ne se termine pas là. J’ai encore de bien belles histoires sur Savia Ibera et leur travail à vous raconter.

Même si le prochain article traitera de mon voyage en Corse sur le domaine de Vitalba, vous retrouverez la suite de ce voyage en terre aragonaise après la Corse ! Alors stay tuned. 

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3 Replies to “Les huiles essentielles de Savia Ibera (partie 1)”

  1. Comme à l ordinaire… tu racontes des gens pas ordinaires…
    Et on voudrait avoir participé à cette belle cueillette.
    Merci
    Keep in touch

    1. merci à toi 🙂

  2. Hello Johanne, j’ai eu l’impression d’être avec vous dans les champs de mélisse (la canicule en moins !). Merci de nous rappeler que la mélisse est une plante délicate à cultiver et au rendement faible en général. Nous consommateurs devons en être conscients. La qualité a un prix. Bravo à Silvia et Kurt pour leur travail.

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